A la tombée de la nuit, comme dans toutes les villes de France, la pute de Toulouse sort arpenter les trottoirs. Elles sont plus d’une centaine : 30% sont d’origine Française, 70% sont étrangères. La grande majorité viennent du Niger, elles ont moins de 30 ans et sont souvent victimes d’un réseau de traite.

Depuis quelques années la prostitution à Toulouse n’a cessé d’évoluer. En 2014 la ville rose met en place des arrêtés municipaux « trouble de la prostitution » interdisant le racolage sur certains trottoirs de la ville. En 2017, plus de 50 clients sont arrêtés suite à l’application de la loi du 13 Avril 2016. Plus récemment en Juin 2018, tout un réseau de prostitution africain est démantelé par la police.

Pute Toulouse

Les prostituées toulousaines et la loi du 13 Avril 2016

En Avril 2016 le droit Français prend un virage à 180° et troque le délit de racolage pour le délit de consommation. Autrement dit, ce sont les clients qui encours les conséquences pénales et non plus les prostituées. En effet, une amande de 1500€ sanctionne dorénavant l’achat d’une prestation sexuelle. Et 3750€ en cas de récidive. La loi prévoit également un stage de sensibilisation et un parcours d’aide à la sortie de la prostitution.

Toulouse, l’une des villes avec le plus grand nombre d’arrestations

Depuis l’instauration de cette loi, on compte environ 2000 clients verbalisés partout en France. A Toulouse, ils sont une cinquantaine à s’être fait prendre au coin de la rue des Etats-Unis. Il s’agit de l’une des villes avec le plus grand nombre d’arrestation. Suivie par Paris, Montpellier et Grenoble.

Malheureusement, presque 3 ans après l’instauration de la loi, le bilan est mitigé. Non seulement le nombre d’arrestation est faible, mais en plus il est hétérogène. On compte en effet plus de 1000 arrestation en région Parisienne contre seulement une dizaine dans la plupart des autres villes. N’y a t-il donc pas de putes à Marseille ou des prostituées à Bordeaux ? De plus, malgré une amande fixée à 1500€, elle ne dépasserai en réalité rarement 300€. Une somme bien moins dissuasive et que de nombreux clients sont prêts à payer. En ce qui concerne le fameux stage de sensibilité à la prostitution, il n’aurait été mis en place que dans de rares départements.

A Toulouse, la police explique que la loi 2016 a des conséquences limitées sur la prostitution. Malgré les arrestations, la police municipale ne constate aucun changement significatif dans les rues de la ville rose. La pute de Toulouse se cache peut-être un peu plus, mais elle est bel et bien là et ses clients aussi.

60% des travailleuses du sexe dénoncent la détérioration de leur condition de vie

De son côté, la pute de Toulouse dénonce la précarité accrue de ses conditions de vie. Même si la loi du 13 Avril 2016 pénalise les clients, les conséquences sur ses conditions de travail sont inévitables.

La pute de Toulouse est confrontée à des clients de plus en plus exigeants. Comme pour compenser la prise de risque liée à l’achat d’une passe, on lui demande régulièrement d’avoir des rapports sans protection. Selon une étude menée par une association d’aide aux travailleuses du sexe, 38% des prostituées rencontrent plus de difficultés à imposer le port du préservatif.

Par ailleurs afin de protéger ses clients, la pute de Toulouse se cache de plus en plus. La négociation se fait le plus rapidement possible et loin des regards. Dans ces conditions elle est bien souvent obligée d’accepter de baisser ses prix et subit parfois des violences physiques. Toujours selon cette même étude, 42% d’entre elles sont de plus en plus exposées aux violences. En outre, près de 80% accusent une baisse significative de leurs revenus.

La pute de Toulouse contre la loi qui pénalise ses clients

Face à la des conditions de travail qui se détériorent, la pute de Toulouse lève le poing contre la loi qui pénalise ses clients. Toujours d’après la même étude, 88% d’entre elles s’opposent à cette loi.

Les prostituées contre la loi 2016

Du côté des associations d’aide aux travailleuses du sexe telles que l’Amicale du Nid 31, on tire également la sonnette d’alarme. Non seulement les prostituées sont exposées à des comportements violents, mais en plus les promesses d’une aide pour sortir de la prostitution ne sont pas tenues. En effet, la loi prévoit un plan d’assistance aux personnes qui souhaitent sortir de la prostitution.

En théorie, ce parcours de sortie offre une aide mensuelle de 330€, un accompagnement social ainsi qu‘un droit de séjour de 6 mois pour celles qui viennent de l’étranger. Malheureusement dans la pratique, l’accès à cette aide est loin d’être octroyée à tout le monde. Sur 10 dossiers présentés en 2017 dans le département de la Haut-Garonne, seulement 4 ont été retenus par le préfet. De plus, moins d’un tiers des prostituées connaissent l’existence de ce parcours d’aide.

Entre les comportements violents qui sont de plus en plus nombreux et un parcours d’aide difficile d’accès, on comprend pourquoi la pute de Toulouse soit contre la loi du 13 Avril 2016.

La pute de Toulouse et la police

N’oublions pas qu’à cela s’ajoutent les nombreux arrêtés municipaux qui pénalisent la pute de Toulouse. En effet, depuis 2014, les prostituées sont hors la loi dans plusieurs périmètres de la ville rose. Ce sont 3 secteurs qui leurs sont interdits : Matabiau, Barrière de Paris et Pont-Jumeaux-Minimes.

Toute la nuit la police scrute ces trottoirs, et lorsqu’une paire de jambes montée sur talon haut marche en aller-retour, ils procèdent au contrôle d’identité. L’amande pour racolage dans ces zones est de 38€, la pute de Toulouse paye, et est invitée à se déplacer. Dans les autres endroits de la ville la police n’intervient pas, ce sont les clients qui y sont traqué.

Les putes et la police

Cette ambiguïté rend encore plus complexe la relation entre la police et la pute de Toulouse. Malheureusement, 70% d’entre elles ne font pas confiance à la police, même lorsqu’elles sont confrontées à des situations de violence.

Les associations d’aide aux travailleuses du sexe de Toulouse

association d'aide aux travailleuses du sexe

Si la pute de Toulouse ne cherche d’aide du côté de la police, elle en trouvera cependant du côté des associations. En effet à Toulouse, il existe deux grandes associations qui se proposent de les accompagner, de les défendre et de les informer.

L’Amicale du Nid 31 est une association Parisienne. Elle oeuvre depuis 1944 aux côtés des prostituées de la France entière. A Toulouse, L’amicale du Nid propose plusieurs formations et préventions au près du grand public. Mais aussi et surtout une action menée directement dans les rues auprès de la pute de Toulouse. Dans le but de l’informer sur ses droits et notamment d’assurer sa sécurité. Par ailleurs L’amicale du Nid 31 propose une permanence tous les Mardis dans leurs locaux. De son côté l’Association Griselidis propose également un accompagnement à toutes les travailleuses du sexe de Toulouse. Ses actions sont similaires : accompagnement, information et un permanence d’accueil tous les Mardis après-midi.

Ce sont les deux associations agréées par la préfecture de la Haute-Garonne pour la mise en place du parcours de sortie de prostitution. Elles ont pour but d’accompagner les prostituées qui souhaitent déposer leur dossier, mais aussi d’informer celles qui ne le connaisse pas.

Voir également : la prostitution à la Jonquera