Nadia El Fani est la réalisatrice du film « Ni Allah ni maître » qui sort très prochainement dans les salles. Dans ce nouveau chef-d’œuvre, elle promeut la laïcité dans le pays de son père, la Tunisie. Commencé l’été dernier, elle reprend sa caméra pour suivre les révoltes contre Ben Ali, lorsqu’elle entend les mots « laïcité », ou encore « égalité » scandés dans les rues. Elle est aujourd’hui menacée de mort, pour avoir affirmé dans une interview qu'elle était athée.
Etes-vous toujours menacée ?
Oui, pas plus tard que ce matin, j'ai eu un appel téléphonique insultant. Sur Internet, circulent des menaces de mort, et ma fille, avec sa photo, est également la cible de ces attaques.
Quelle a été l'origine de ces menaces ?
Ce que je sais, c’est que j’ai présenté mon film en avant-première à Tunis. Tout s’est très bien passé. Je croyais que ça allait faire du grabuge aves islamistes, avec un titre aussi provocateur. J'ai eu ensuite une interview à la télévision, qui elle aussi était cordiale. Certes, des intervenants n'avaient pas les mêmes idées que moi, mais ceux-ci trouvaient mon film respectueux. La rediffusion de l'interview a par la suite été instrumentalisée, sortie du contexte. Dans cette interview, par exemple, la journaliste me demande pourquoi ai-je dit qu'entre les islamistes et moi, c'était la guerre. Bien entendu, ce que je voulais dire, c'est que personne n'a le droit de m'obliger à quoi que ce soit. Je ne me reconnais pas dans les lois divines. En réalité, le seul reproche que l'on me fait, c'est d'avoir affirmé que je ne crois pas. C'est à ce moment-là que les menaces ont commencé, avec des pages Facebook très virulentes.
Quel est l'objet du film, et rencontrez vous des difficultés pour la diffusion ?
Le film est un regard sur la société tunisienne et sa pratique de la laïcité. Cela pose la question de qui va gagner les prochaines élections : les laïques, ou les anti-laïques.
J'espère qu'il pourra être diffusé largement. L'inverse serait très dommageable. Je me souviens que le film Persepolis, très intelligent et dur sur le régime islamiste, avait eu un grand succès. C'était l'Iran, alors tout le monde était content. Les Arabes, on ne leur reconnait pas une certaine modernité. Dès que c'est le Maghreb, on est très conciliant avec les islamistes, car on a peur que cela arrive sur le territoire français. Mais pour l'instant, je ne vois pas de difficultés particulières. Il sera même projeté à Cannes, durant la période du Festival !
Et que pensez-vous de Rached Ghannouchi, le leader du parti islamiste Ennahda ?
Depuis des années, et surtout depuis l’Algérie et les années noires, je n’oublie pas qu’un islamiste modéré, ca n’existe pas. Même si je ne me réfère pas au Coran, je dois reconnaitre que les inégalités femmes-hommes y sont inscrites. Alors suivre la loi divine... Mais si Ghannouchi est aussi libéral qu'il le prétend, alors qu'il prenne position à mon encontre. Non pas sur ma personne, mais sur mon affaire. Qu'il se positionne sur cette question : peut-on déclarer publiquement que l'on est athée ?
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L'interview de Nadia El Fani sur Rue 89 : cliquez ici
publié le vendredi 6 mai 2011 à 17:54 par Elsa
